Le temps me dure


couv temps me dureCe soir je souhaite vous conseiller le très bon livre de Monique Guérin-Simonnaud, Le temps me dure. Il s’agit à la fois d’une enquête historique de grande qualité et d’une exploration intime nourrie de psycho-généalogie. Sans autre prétention cependant que de rendre, à un siècle d’écart, un hommage juste et documenté à des ancêtres par trop méconnus.

Ecrit à partir de la correspondance de ses grands-parents paternels et maternels, le récit explore leur expérience particulière de la Grande Guerre. Ces paysans modestes qui, en terre charentaise, connaissent avant le conflit une existence rude mais tranquille, se trouvent embraqués dans un conflit qui les dépasse et les dépayse au sens dramatique du terme : eux qui n’avaient comme horizon que leur ferme et les villages alentour vont sillonner la France entière, un ami de la famille Thibaud allant même jusqu’à Salonique. Et pour quel résultat… « nous avons la victoire, mais elle nous coûte trop cher » : ces mots que le cousin Chabot griffonne entre deux batailles, il ne sait pas à quel point ils sont vrais, car lui-même meurt moins d’un mois après les avoir envoyés.

La Grande Faucheuse, qu’elle soit guerre ou maladie, est d’emblée personnage principal. Le livre se débat dans une ambiance autant crépusculaire qu’épistolaire, les lettres étant le signe d’un parcours qui continue ou qui, brutalement, s’arrête. Un livre empli de la vigueur des mots parfois conçus comme les derniers, où les braves petites gens se mettent tous à écrire, fi de la grammaire et de l’orthographe, parce que le courrier est le fil ténu qui rattache à l’existence normale, la « vie de bonheur ». Un livre où se combinent habilement l’humour subtil et les regrets immenses, avec l’intention opiniâtre de les dépasser toujours. Les hommes partis pour l’enfer comme  les mères courage restées aux pays écrivent « pour tenir », réalisant au fil des quatre longues années de guerre à quel point « les mots sont des actes ».

Monique Guérin brosse leurs portraits sans angélisme, mobilise l’humanité belle ou moins belle, exorcise à tout va le passé familial, que la guerre n’est pas seule à avoir affectée, et réalise, dans un final où l’émotion culmine, l’ambition littéraire qu’elle s’était fixée : réparer par les mots autant que faire se peut.

Titre : Le temps me dure – Correspondance de guerre (1914-1918)              Auteur : Monique Guérin-Simonnaud                                                            Prix : 20€

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